Ces fermes qui ont la tête dans les nuages

Par Alexandra Vallée et Émilie Jalbert (2015)

Ces fermes qui ont la tête dans les nuages

 

Le problème

Selon une récente étude effectuée par l’ONU (Organisation des Nations Unies), la population mondiale devrait augmenter de près d’un milliard au cours des douze prochaines années et d’après leurs calculs, la taille de la population mondiale devrait atteindre 9,6 milliards en 2050. Vu cette augmentation démographique fulgurante, une question s’impose : comment nourrir tous ces individus ? Une solution simpliste serait d’augmenter la surface de terres cultivables. Le problème, c’est que la Terre ne tend pas à prendre de l’expansion. Il en est de même pour les terres cultivables. Pis, l’étendue de cette surface décline. Nous avons de la difficulté à gérer nos terres arables, au point où le sol est désormais une ressource qui se raréfie. La désertification, l’érosion des sols, l’urbanisation et la surexploitation ne sont que quelques facteurs qui menacent et grugent nos terres cultivables en les rendant impropres à l’exploitation agricole. De plus, l’augmentation de la consommation de viande et les modifications des habitudes alimentaires importantes des habitants demandent davantage de terres. En 2013, 308 millions de tonnes de viandes ont été produites. Cette statistique prouve que nous mangeons 2 fois plus de viande que nos grands-parents et 3 fois plus que nos arrières-grands-parents. De plus, cette production est estimée à 465 millions de tonnes pour 2050 ! Entre 70000 et 140000 km2 des terres essentielles à notre survie sont perdues chaque année. Pour suffire aux besoins alimentaires croissants des terriens, 590 millions d’hectares de terres agricoles seraient nécessaires, ce qui est supérieur à nos capacités actuelles. Alors, comment nourrir tous ces individus ?

800px-Urbanisation_Carthagecoastline-54971_640               Érosion des sols  Source                              Urbanisation    Source

La solution

Et si la solution n’était pas au sol, mais plus haut ? Au lieu de garder les yeux rivés sur la terre,  Dickson Despommiers a levé les yeux vers le ciel et a eu une idée qui peut sembler saugrenue pour certains. Dans nos villes, il a vu la possibilité d’installer de grandes et prolifiques fermes. Comment est-ce possible, surtout avec le manque flagrant d’espace dans nos métropoles? Ce professeur en santé environnementale et microbiologie à l’université de Columbia s’est dit « Pourquoi ne pas cultiver à la verticale? ».

Ce concept a été utilisé par un entrepreneur américain et la première ferme verticale a été inaugurée en octobre 2012 à Singapour. Ce pays représentait le phénomène mondial de l’urbanisation à petite échelle. Il devait importer  93% de ses aliments, faute d’avoir un endroit où les cultiver.

C’était donc l’endroit tout indiqué pour construire un de ces étonnants bâtiments. Ce complexe hors du commun est composé de 120 tours de 9 mètres en aluminium, comprenant chacune 38 étages où sont cultivés de multiples plants de salades. Un ingénieux système de poulies hydrauliques permet la rotation des plantes pour leur offrir un ensoleillement maximal. Un éclairage artificiel constitué de diodes bleues et de diodes rouges (éclairage DEL, soit diode électroluminescente), permet la croissance rapide de la salade. Les plants sont cultivés grâce à un système d’hydroponie. Cette méthode consiste à garder les racines de la salade immergées. Dans l’eau, sont ajoutés les divers nutriments dont la plante a besoin pour grandir. Cette technique surprenante ne nécessite pas de terre et cette structure au mécanisme complexe est capable de fournir à elle seule une demi tonne de légumes en une journée!

Avantages

Ce ne sont pas les seuls avantages qu’apporte l’agriculture à la verticale! Tout d’abord, ce procédé permet de cultiver davantage sur une surface réduite. Ensuite, les cultures ne sont pas exposées aux aléas climatiques. Les changements de température, les inondations, les sécheresses, les tempêtes et les maladies ne les affectent pas puisqu’elles sont protégées du climat extérieur. De plus, puisqu’aucun insecte nuisible n’entre en contact avec les végétaux,  ils sont entièrement cultivés sans pesticide. Les légumes peuvent donc être consommés directement sans être lavés! Et comme le contenu de leur environnement est minutieusement contrôlé, ces cultures n’ont pas à craindre les maladies extérieures et les champignons (sauf en cas d’erreur humaine). Finalement, cette culture n’exige pas de terre. Donc, elle n’abîme pas les sols déjà présents et est complètement renouvelable.

Et ailleurs ?

Le projet étant une réussite, d’autres pays ont embarqué dans cette fabuleuse entreprise, notamment le Japon en avril 2013. Ces fermes ont aussi été évoquées comme une possibilité dans plusieurs grandes villes comme Las Vegas, Nashville, Abou Dhabi,  Dubaï et même Dongtan, la future ville écologique chinoise. Un des architectes qui travaille sur ces fermes particulières, Vincent Callebaut, esquisse les traits d’un magnifique édifice qui serait construit à New-York : Le DragonFly. Son nom est dû à la forme originale, qui rappelle celle d’une aile de libellule. (Si ce projet vous intéresse, cliquez ici.)

Ses limites

Pour l’instant, ces fermes ne peuvent que cultiver des végétaux de petites tailles comme des laitues, des fraises, des poireaux, etc … Mais plusieurs scientifiques cherchent des moyens pour cultiver des plants plus volumineux. Avec les années et le développement de cette technique, l’élevage des animaux sera même possible. Une très bonne nouvelle qui réglerait d’autres problèmes, est, cette fois-ci, liée à l’élevage du bétail. Selon les prototypes et les maquettes à ce sujet, les animaux seraient élevés sur de vastes balcons, à l’air libre. Lorsqu’ils seraient à l’intérieur, il serait possible de contrôler la quantité de méthane qui est lâchée dans l’atmosphère puisque 50% des émissions de protoxyde d’azote et de méthane sont dues à l’élevage. Aussi, cette méthode de culture peut être gourmande en énergie à cause de l’éclairage artificiel qu’elle utilise. Mais grâce au DEL, beaucoup moins énergivores, l’impact est réduit. De plus, des chercheurs tentent d’augmenter encore davantage le rendement énergétique de ce type d’éclairage. Pour l’instant, la quantité d’électricité nécessaire fait gonfler les prix des aliments, mais, comme l’indique le reportage sur les fermes verticales réalisé par ARTE, ces compagnies doivent malheureusement vendre à perte, mais pas toutes, puisqu’à Singapour et au Japon, 25% sont rentables.

D’ailleurs, cette demande en électricité pourrait ne pas être un problème, comme au Québec où la principale source d’électricité est l’hydroélectricité, une énergie renouvelable. Serait-ce envisageable d’en construire en plein cœur de Montréal ? Ces bâtiments sont maintenus à une température de 25 degrés Celsius, de quoi tenir dans nos rudes hivers québécois. C’est à voir ….

 

Références

Centre d’information de l’ONU

Wikipédia – Terres arables

Le nouvel économiste

Architecture Urbanisme

Écolo Pop

Viande.info

 

 

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