Un problème de surface

Par Pénélope Quesnel et Didier Candau (2014)

Un problème de surface

Au 20ème siècle est née une révolution concernant les pratiques agricoles. Avant cela, l’idée de base concernant les pratiques agricoles reposait uniquement sur l’utilisation d’une main d’œuvre de façon intensive. Le développement des appareils agricoles a laissé place à une toute nouvelle manière de procéder. L’eau propre à la consommation et à l’utilisation pour nos diverses activités doit être exempte de tout contaminant ou substance toxique. Toutefois, il arrive souvent que les eaux de surface soient rendues impropres à la consommation. Plusieurs sources de contamination de l’eau existent. Par exemple, les déchets que l’on jette, les eaux usées qu’on déverse ou les précipitations atmosphériques représentent des sources potentielles de contamination. Les activités humaines, qu’elles soient domestiques, industrielles, agricoles ou maritimes, peuvent aussi affecter les plans d’eau et en compromettre la qualité. En quête de richesses à exploiter, une révolution mondiale dans les pratiques de protection phytosanitaire, c’est-à-dire l’ensemble des produits chimiques et méthodes utilisés pour la protection des cultures qui servent à lutter contre les insectes parasites, les champignons parasites et les herbes indésirables, a fait naître une agriculture industrielle excessive, dominée par les pesticides. L’application de ceux-ci, initialement utilisés pour détruire les organismes pouvant engendrer une quelconque nuisance aux semences, peut causer certaines complications au niveau de la santé humaine et environnementale. La conséquence directe de la contamination des eaux de surface est le risque pour la santé des baigneurs et des autres consommateurs d’eau. Ceux-ci s’exposent à des infections aux yeux, aux oreilles, à la peau et à des troubles gastro-intestinaux. Des virus intestinaux, des bactéries et d’autres microorganismes sont susceptibles de causer de nombreux troubles de l’organisme. Ces complications ont d’ailleurs été amplifiées de façon importante par la quantité phénoménale de pesticides dérivant des lieux d’application par ruissellement pour finalement contaminer le reste des eaux de surface agricole et les alentours. Loin d’être de simples conduits de drainage des eaux pluviales, ces eaux de surface fournissent des services écologiques qui sont critiques pour l’ensemble de la société québécoise.

Dans le texte qui suit, nous vous expliquerons les méthodes d’atténuation de la contamination des eaux de surface qui ont été mises en place de façon uniforme par le gouvernement fédéral au Québec. Les solutions permettant de réduire la contamination des eaux de surface par les pesticides sont nombreuses et requièrent une sérieuse gestion de la part des agriculteurs. Ces solutions se répartissent dans cinq grandes catégories, soient le contrôle cultural, le contrôle biologique, le contrôle physique et mécanique, le contrôle chimique et les méthodes permettant une meilleure gestion des applications de pesticides.

Le contrôle cultural

Premièrement, le contrôle cultural comprend les multiples façons d’augmenter la biodiversité des sols agricoles. Plus spécifiquement, les solutions comprennent, entre autres, la culture sans travail du sol et le travail réduit du sol, l’aménagement de zones tampons végétatives, le choix judicieux de semences et l’assainissement des champs.

La culture sans travail du sol et le travail réduit du sol, qui consistent à l’élimination complète des interventions de labour et de hersage, sont deux méthodes servant à conserver  les résidus de matière organique au sol, à pratiquement mettre fin aux interventions comportant une mise à nu et ainsi réduire l’érosion du sol en question. L’échappement par ruissellement disparaît à ce moment, ce qui permet une limitation de la contamination des eaux de surface par cette voie. 

Les zones tampons végétatives sont des bandes d’herbes ou d’arbustes adossées à des sources hydriques telles que les lacs, les fossés ou les cours d’eau. Ces aménagements peuvent en premier lieu diminuer la vitesse du vent et ainsi atténuer la dérive des pesticides de près de 80 à 90 %. Par contre, les racines végétatives de ces zones peuvent voler aux cultures voisines les besoins en nutriments et en eau.

Le choix judicieux des semences plantées est une importante décision pour la protection des cultures. Il doit être bien adapté au type de sol et aux conditions microclimatiques, conditions spécifiques à une région, d’un champ. On peut aussi sélectionner des cultivars résistants aux principaux ravageurs et maladies de cette région. L’utilisation de telles semences vise une réduction des maladies végétatives et à prévenir certaines infestations.

L’assainissement des champs représente aussi une bonne méthode pour prévenir et contrôler des infestations de maladies végétatives et de ravageurs. Cette approche est caractérisée par  la destruction de débris végétaux atteints par des maladies. Cela permet alors l’interruption du cycle de reproduction des ravageurs, des maladies végétatives et des plantes pouvant entrer en compétition avec les semences elles-mêmes.

Le contrôle biologique

Deuxièmement, le contrôle biologique utilise des caractéristiques naturelles des organismes pour effectuer le travail, qui consiste à contrôler de façon phytosanitaire les surfaces agricoles. Deux types de contrôle biologique correspondent à l’énoncé ; l’introduction d’organismes auxiliaires dans l’agroécosystème (écosystème modifié par l’humain afin d’exploiter une part de la matière organique qu’il produit) et l’utilisation de phéromones (substances chimiques émises par la plupart des animaux et certains végétaux, et qui agissent comme des messagers entre les individus d’une même espèce).

L’introduction d’organismes auxiliaires implique l’utilisation de prédateurs ou de parasites pour contrôler la reproduction de ceux-ci. Cette méthode naturelle de lutte permet l’arrêt d’infestations d’insectes nuisibles aux récoltes sans avoir besoin d’utiliser les produits chimiques. L’utilisation de cette technique peut cependant présenter une menace à l’équilibre écologique. En fait, les espèces employées pour la lutte biologique ne sont pas toujours des espèces indigènes, ce qui peut poser des problèmes d’envahissement des équilibres naturels.

L’utilisation de phéromones, composés chimiques produits par les sexes opposés d’une espèce pour stimuler la rencontre et l’accouplement, est un autre type de lutte biologique. Cette méthode est, à la base, utilisée pour réduire les populations d’insectes sans utiliser de pesticides. Ces phéromones ont pour mission d’attirer des insectes vers les plantations, envoyer des signaux sexuels pour l’accouplement, ou attirer des ravageurs vers les pièges. L’efficacité de cette technique demeure difficile à prédire puisqu’elle peut être efficace une année, et devenir inefficace sous d’autres conditions.

Le contrôle physique et mécanique

Troisièmement, le contrôle physique et mécanique utilise une barrière physique ou une caractéristique de l’environnement, soit la température, l’humidité ou la lumière, pour la régulation des ravageurs. Les méthodes de contrôle physique et mécanique comprennent l’utilisation de bâches flottantes, la lutte pneumatique, le désherbage mécanique et le paillis.

Les bâches flottantes sont des barrières physiques qui empêchent les insectes volants ou autres nuisibles d’atteindre les cultures. L’utilisation de pesticides peut alors être évitée. Les bâches sont fixées au sol par l’emploi d’amas de terre ou d’autres matériaux à la portée de la main tels des roches, des bouts de bois, etc. Elles sont réutilisables à maintes reprises à condition qu’elles soient bien entretenues et qu’elles ne soient pas déchirées. Elles permettent de conserver l’humidité du sol et offrent une protection de quelques degrés contre le gel. Le résultat de cette sorte de serre permet le rallongement des saisons bénéfiques aux cultures et, ainsi, offrir une meilleure récolte.

La lutte pneumatique est une technique utilisée pour combattre les infestations d’insectes par l’emploi de jets d’air. Elle s’effectue à long terme, alors elle doit être utilisée en second recours. De plus, le coût relié à l’achat de cet équipement est de l’ordre de 14 000 $ à 83 000 $, ce qui peut être élevé en considérant que leur efficacité est faible. Il est aussi question du potentiel de dommage causé aux cultures par les jets d’air.

Le désherbage mécanique est une technique de contrôle de mauvaises herbes qui vise à assécher, déraciner, couper, ou enterrer les plantes nuisibles. Ces opérations mécaniques désherbent les cultures sans avoir recours aux pesticides, ce qui limite grandement la contamination des cours d’eau par ces composés chimiques. Le désherbage mécanique n’a pas d’effet résiduel et doit être entrepris à répétition afin d’empêcher la reprise des plantes adventices, ce qui entraîne de coûts importants en matière de main d’œuvre et de frais d’exploitation.

Le paillis est une barrière physique appliquée au sol qui peut être composée de paille, de fumier, de plastique ou de papier. Le paillis aide à garder l’humidité du sol, réduire la température à la surface du sol, fournir un habitat à la faune naturelle et réduire l’érosion hydrique. Bien que le paillis repousse certains ravageurs, il peut aussi favoriser la présence de certains organismes nuisibles.

Le contrôle chimique

Quatrièmement, le contrôle chimique permet de maîtriser des problématiques phytosanitaires (en lien avec le contrôle des pesticides de façon naturelle). Les principales techniques de contrôle chimique sont les purins de compost et les pellicules de particules.

Les purins de compost sont des substances liquides utilisées pour contrôler les maladies végétatives et peuvent aussi être employées en tant qu’engrais liquide ou soluble dans l’eau, qu’on vaporise sur les feuilles. Cette substance se crée à partir d’un mélange de compost et d’eau. Les composts d’origine animale semblent offrir un contrôle de maladies végétatives pour une plus longue durée que les composts d’origine végétale.  Lorsqu’appliquée, cette solution augmente la biodiversité des organismes sur la surface des feuilles des cultures, ce qui créé une compétition avec les organismes nuisibles qui y sont présents.

Les pellicules de particules protègent les cultures des insectes et les rendent moins appétissantes pour les ravageurs. Il y a deux principaux types de pellicules de particules, soit l’argile ou l’huile horticole. Le recouvrement d’une surface agricole par l’argile peut être efficace pour plusieurs raisons : la couche de particules rend l’identification de la culture plus difficile par les ravageurs. Ceux-ci identifient la culture comme non comestible et détestent la texture de l’argile.

Pour terminer, il y a plusieurs techniques permettent de réduire la dérive et le lessivage, réduisant ainsi la contamination des eaux de surface. De la même façon, toute technique permettant une réduction des taux d’application de pesticides réduit le risque de contamination des eaux. Au total, sept ont  été trouvées. Entre autres, la sélection et le réglage des buses, l’application en bandes ou localisées et la présence de bonnes conditions météorologiques lors de l’application.

La sélection et le réglage des buses. Une buse est l’embout qui dirige les applications du système de pulvérisation de pesticides. Celle-ci peut avoir un rôle important sur la dérive des pesticides vers d’autres lieux, car elle détermine si la goutte sera fine ou plutôt fournie. Il existe des buses antidérive qui sont conçues pour réduire la dispersion des pesticides dans l’eau.

L’application en bandes ou localisée permet la réduction de la quantité d’herbicides épandus, donc moins de contamination dans les eaux de surface. Cette méthode permettrait de réduire de 60 % la quantité d’herbicides appliquée sur une semence. Cependant, deux passages doivent être effectués sur le sol en question, ce qui accentue la compaction du sol, le temps attitré au travail à effectuer et les frais d’utilisation de la machinerie.

La présence de bonnes conditions météorologiques lors de l’application est un atout essentiel, car il peut facilement influencer la dérive. Quelques facteurs sont : la vitesse du vent, l’humidité de l’air et la température. Il est donc préférable d’attendre l’aube ou le crépuscule pour l’application, ainsi qu’aucune averse prévue pour les jours suivants.

 

Sources : http://www.usherbrooke.ca/environnement/fileadmin/sites/environnement/documents/Essais2012/Lalancette_A__12-10-2012_.pdf

http://fr.wikipedia.org/wiki/Eau_de_surface

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