Une bombe à retardement

Par Ariel Langlois (2008)

« Une bombe à retardement »

 

De 1946 à 1968, une usine de l’Asie centrale, qui avait comme devoir de transformer l’uranium et d’en faire des bombes nucléaires condamnait la ville de Mailii-Suu.

À Och, la deuxième plus grande ville du Kirghizistan, on peut noter une température de 21°C. Dans la ville de Mailii-Suu on observe 8°C de plus, dû à la chaleur dégagée par les deux millions de tonnes de déchets d’uranium et de roches radioactives (940 000 m³). La mine laisse échapper des odeurs désagréables comme celle du radon et des gaz radioactifs qui sont reliés à la décomposition de l’uranium. Vingt-trois dépôts d’uranium ont été identifiés ainsi que treize crassiers. Ces dépotoirs longent les berges de la rivière et la concentration de ces gaz dans les maisons du voisinage est plus de vingt fois trop haute comparativement à la norme tolérée. Monsieur Iounoussapiev, un responsable de la mairie, affirme qu’aucun test médical n’a été fait, mais qu’il croit fortement que les cancers et les maladies coronariennes sont beaucoup plus répandus à Mailii-Suu que partout ailleurs.

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Aujourd’hui, ces rebuts radioactifs sont souvent recouverts de béton, de terre ou encore de gravier. Puisqu’elle est dans une zone sismique, cette ville est propice aux séismes, aux glissements de terrain et elle est constamment sous la menace de tremblements de terre et d’inondation. Les pluies diluviennes pourraient alors jeter les substances cancérigènes dans la rivière et les emporter vers le fleuve Syr Daria qui alimente le système d’irrigation de cette région. De plus, ce fleuve plonge dans la mer d’Aral qui est déjà mal en point et qui traverse plusieurs autres pays comme l’Ouzbékistan et le Kazakhstan. Les rebuts radioactifs menacent la vie de 2.4 millions de personnes et la vallée la plus fertile de l’Asie centrale. De plus, n’importe qui pourrait prendre des résidus d’uranium pour faire une bombe « sale », c’est-à-dire une bombe faite par des gens qui ont de mauvaises intentions.

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L’usine de Kadamjai, au Kirghizistan

L’usine de Kadamjai, au Kirghizistan, construite en 1936 et qui fonctionne encore aujourd’hui, était une productrice de 18 000 à 20 000 tonnes d’antimoine par an, soit 15% de la production mondiale. Les produits déjà utilisés sont stockés à une dizaine de kilomètres de l’usine. Ces déchets contiennent plus de 300 grammes de composants sulfurés par litre. En 1998, il y a eu une coulée de boue qui a évité de justesse les réservoirs. Heureusement, car si elle les avait atteint, cela aurait été une catastrophe majeure. Par contre, même si elle n’a pas touché les réservoirs de l’usine, elle a tout de même fait une centaine de victimes.

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Les sites de dépotoirs sont maintenant sans surveillance depuis la chute de l’URSS et les militaires qui se chargeaient du contrôle de ces sites sont partis. Les humains et les animaux s’y promènent comme si de rien n’était, malgré les dangers immenses de la radiation. Pendant l’absence des gardes, des habitants allaient chercher des bouts de métal, des pierres et du grillage et plusieurs autres matériaux souillés pour construire leurs maisons. Les matériaux sont radioactifs, mais les habitants s’en fichent car ils sont gratuits. Les enfants s’y précipitent pour jouer, car les déchets sont, au fil du temps, devenus des talus et même des collines. Ils y jouent malgré les panneaux jaunes annonçant le danger. Les clôtures qui encerclaient la zone de déchets ont été enlevées et les paysans s’y sont établis avec leurs enfants et leurs femmes. Leur bétail ainsi que leurs jardins sont sur ces terres, puis ils vont vendre leurs récoltes radioactives aux gens des alentours. Des journalistes ont demandé à Arabiddin Karassayev, 70 ans, pourquoi il ne déménageait pas. Voici ce qu’il a répondu, « Que dois-je faire ?, nous n’avons pas les moyens de partir. Et où irions-nous ? Je ne suis pas malade mais plusieurs membres de ma famille, dans la vallée, sont morts du cancer. Mon frère, plus jeune que moi, a travaillé deux ans dans la mine et neuf ans à l’usine. Il ne peut plus marcher et il est presque aveugle. Mes trois fils sont partis après que notre maison a été emportée par un glissement de terrain. Je reste ici avec ma femme, ma fille et mes petits-enfants. Personne ne nous a jamais dit que c’était dangereux. »

Des solutions, mais, va-t-on y arriver ?

 

Les autorités demandent des structures de rétention ainsi que le déblayage des déchets le long des berges. Si elles n’y arrivent pas, elles ont mis en place un plan d’évacuation pour les kirghizes et les habitants des régions voisines, car 20 millions de dollars, estime le ministère de l’Environnement, seront nécessaires pour nettoyer le plus vite possible et 10 fois plus pour régler le problème. La Banque mondiale est donatrice de 5 millions pour les aider et la communauté internationale fournit 10 millions pour les structures de rétentions, mais il est estimé que ces travaux seront d’une durée de cinq ans ( fin 2005 à 2010). Arriveront-ils trop tard ?

Les Kirghizes espèrent qu’il y aura d’autres dons comme celui de la Banque mondiale et de la communauté internationale.

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